Le meilleur des cordes

© Escalade Alsace
Yann Corby


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[Fred Wicker sur le pan de Roc Extrême, septembre 1995]


Dès 1993 (aujourd'hui encore?) les photos de Didier Mager ont été placées sur les murs du pan de Roc Extrême le club d'escalade situé à Bischeim (67).
Durant de longues années elles ont été source de plaisir et de motivation pour tous les grimpeurs de passage.
Quinze ans plus tard Didier revient sur ses images à travers un très joli texte et un superbe portfolio, qui ravivera les souvenirs de quelques anciens.




» Texte de Didier Mager

Le vrai luxe, c'est l'espace et le temps.

            Infinis tous les deux pour les enfants.

            Mais le monde devient plus petit quand on grandit, et un jour on jette, on débarrasse, on fait place nette.

            Il vous est peut-être arrivé, à cette occasion, de tomber par hasard sur d'anciens rouleaux de papier peint, soigneusement emballés. Au fond d'un réduit, ils semblaient attendre patiemment l'éventualité d'un hypothétique raccord.

            En vain.

            Tous les murs sont rhabillés depuis longtemps. L'aveugle cruauté du temps qui passe, inexorable, a  effacé de notre esprit la noble mais dérisoire intention de conserver intact l'aspect des choses. Et ces lés inutiles sont comme des parchemins oubliés qui indiquent pourtant l'emplacement d'un trésor.

            Alors, sans se méfier, on en déroule vite fait un mètre pour voir...et c'est le choc: Une marée  nous submerge, et du plus profond de notre mémoire jaillissent pèle-mêle éclats de rire et poignées de mains, exploits d'un jour, senteurs subtiles du ciel dans l'azur des pins. Étreintes passionnées... Bonheurs éphémères.

            Ces sensations délicates qu'on croyait perdues semblent liées par une étrange alchimie aux tons délavés des motifs désuets du papier peint de notre jeunesse qui confèrent à la tapisserie la plus ordinaire l'étonnante faculté de raviver le souvenir fugace d'émotions enfouies.

            Comment?

            Un bon peintre vous livrerait sans doute une partie du secret. Le photographe, ignorant, se contente d'être au bon endroit au bon moment.

             Pour jouir de l'espace et du temps.

            Comme un enfant.

            A Roc-Extrême aussi on est comme des enfants: On cherche l'équilibre, on se fait peur pour se rassurer, on touche au gaz.

             On est libre.

            On vient de remettre la main sur le vieux papier peint.

            Dès lors, le doux parfum délicieusement nostalgique des premières heures du pan peut nous grimper en tête .











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