Le meilleur des cordes

© Escalade Alsace
Yann Corby



Propos recueillis par David


Benoît Sallet est un fort bloqueur venu de la ville de Reims. Depuis peu, il travaille dans la fameuse salle d'escalade strasbourgeoise : Roc en Stock. L'occasion pour escalade-alsace.com de s'entretenir un brin avec le jeune homme !


Escalade-Alsace : L'escalade tu l'as commencée quand et comment ?
Benoît Sallet : J'ai débuté l'escalade il y a fort longtemps (1/4 de siècle....) avec l'UNSS dès mon entrée au collège. Très rapidement, je suis devenu compétiteur, et en même temps falaisiste principalement à Vertus : l'unique falaise de mon "plat pays" la Marne, puis dans les Calanques, le Verdon, la Haute-Savoie, le Todra, etc...

EA : Tu es toujours aussi passionné ?
BS : Ma Passion pour la grimpe est très grande, l'escalade est pour moi un jeu sans fin où l'on ne cesse pas de progresser, découvrir, partager et transmettre avec tout ceux qui nous entourent.

EA : Engagement, dépassement de soi, esthétique…qu'est-ce-qui te plait avant tout dans l'escalade ?
BS : Grimper est avant tout un plaisir, c'est le plus important et le plaisir c'est la sensation du mouvement !!! J'aime grimper pour me ressentir entier, libre et faire corps avec l'environnement dans lequel je suis.

EA : Tu pratiques le bloc depuis combien d'années ?
BS : Je me suis mis concrètement au bloc il y a plus de 7 ans pour plusieurs raisons, j'estimais avoir atteint mon niveau max en falaise qui pour moi n'était qu'un rêve improbable, alors j'ai voulu me fixer le même objectif en bloc et découvrir de nouvelles sensations en escalade.

Mais je suis très motivé à redevenir falaisiste tout en gardant le bloc en parallèle. Et pour moi, l'escalade en Alsace est un bon compromis, il y a ici un vrai mélange des 2 activités, des voies généralement courtes et explosives, de référence et des blocs chargés d'histoire.

EA : Quelle est ta plus grosse performance en bloc ? Et en falaise.
BS : Un un 7c+ de Fontainebleau, là où j'ai le plus grimpé, La Putain du Diable, mais il y a quelques 7c et autres plus anthologiques pour moi comme Le Mur des Lamentations, Carnage assis , L'Arrache Coeur, Sale Gosse et Appartenance. C'est un lieux riche en sensations tant, par ce toucher du grès que par l'ambiance dans des blocs ouverts par les plus grands.

Et en tant que falaisiste, ..., et bien c'est ici en Alsace que j'ai fait mon premier 8a avec comme beaucoup d'octogradistes de l'Est, Le Traité de la Déversification. Confirmation avec Orange Amer, et puis Laurin dans le Frankenjura, Ouragan et Chimpanzodrome au Saussois, Le Toit du Fix, Milka ou Allison Baby Wall qui ont leurs histoires….

EA : Des passages coup-de-cœur, des souvenirs marquants ?
BS : Très difficile de faire un choix, mais il y a un passage dans lequel je me suis beaucoup investi comme Sale Gosse ouvert par Marc Le Ménestrel avec un départ assis de Ben Moon.
Je tapais des essais seul quand c'était possible. Je ne m'étais jamais autant impliqué dans un passage, c'était une véritable obstination de vouloir gravir ce bloc.


Benoit, la Lionne et l'éléphant 7c/c+ à la Hottée du diable [Photo : Eddy Ravissot]


EA : Tu as toujours travaillé dans le milieu de l'escalade ? Quelle(s) formation(s) as-tu suivie(s) ?
BS : Très vite, j'ai voulu faire comme ceux qui m'ont accompagné dans mes débuts en escalade, j'ai commencé par initier les plus jeunes de mon club, puis me suis occupé des compétitions dans ma région et des jeunes compétiteurs certains sont devenus des très grands. A la fin de mes études en STAPS, j'ai travaillé dans la salle Les Arts de la Grimpe à Reims.

EA : Tu es originaire de Reims ? Où as-tu grandi ?
BS : Je suis né à Châlons sur Marne, et après le bac j'ai vécu à Reims. Quand on veut grimper là-bas, on fait des kilomètres !!!

EA : Quel y était ton poste ?
BS : je m'occupais des divers encadrements enfants-adultes, ouverture des blocs, la compétition annuelle et un peu de l'accueil des clients.


Benoît à Roc en Stock [Photos : David Hollinger]


EA : Désormais, quel est ton rôle au sein de Roc-en-Stock ?
BS : A Roc en Stock, je suis à l'accueil, mais également à l'encadrement des forfaits découvertes avec mes collègues et bien sûr je gère l'ouverture des blocs avec des grimpeurs locaux.
Philippe Fischer mais aussi Tchen, ces deux là sont la garantie d'une ouverture de qualité, je les connais personnellement et cela m'aide à coordonner leur travail d'ouverture qui est grosso modo d'une dizaine d'heures hebdomadaire d'ouverture.
Nous allons sans doute recruter un troisième ouvreur. Je ne peux en dire plus, c'est en négociation.
À coté de ça Ghislain, m'a confié une mission : s'occuper des grimpeurs de 6b, 6c et qui veulent passer dans le 7. Ils sont très nombreux, au moins 40, 45% des clients des salles, rien n'est fait pour eux, pour les aider à passer le cap…. On ne parle pas vraiment d'entrainement, mais plus de dynamique, de motivation, un ou deux rendez vous par semaine pour découvrir les outils et les possibilités de Roc : Agrès, Pan, Gros dévers, poutre… J'apprécie la confiance qu'on met en moi et les moyens à ma disposition.
À Roc mon poste est très intéressant et très important, je découvre le fonctionnement et le dynamisme de cette grande salle d'escalade historique (18 ans !).

EA : Tu vas nous préparer un joli Bloc-en-Stock 2015 ?
BS : Ce n'est pas au programme de la salle pour le moment, comme je viens d'en parler de nombreux challenges m'attendent mais les choses peuvent changer, je ne sais pas personnellement, je viens tout juste d'arriver.


Benoît encadre les plus jeunes à Roc en Stock [Photos : David Hollinger]


EA : Tu as des idoles en escalade ? Pourquoi ?
BS : Mes véritables idoles sont ceux qui ont fait naître l'escalade sportive dans les années 70-80, il y a Edlinger, Berhault, Le Ménestrel, Tribout, Güllich, car je lisais leurs réalisations dans les magazines comme Vertical, Roc'n'Wall ou Grimper.
Et il y a ceux qui m'ont fait réellement découvrir l'escalade, ils m'ont apporté beaucoup je leur dois ce que je suis, grimpeur et professionnel de la grimpe, je pense souvent à eux leur implication dans l'escalade me guide.

EA : Et des idoles en général ? Pourquoi ?
BS : Ceux qui me font rêver, me questionnent, me construisent. Ceux sont des grands noms comme des petites personnes, mais des gens généralement simples, authentiques avec des talents propres à eux.

EA : Qu'aimes-tu faire quand tu ne grimpes pas ?
BS : Ecouter de la bonne musique, mais surtout m'occuper de mes 3 filles. J'adore jouer avec elles et leurs faire découvrir plein de choses comme la musique, la nature, ou différents sports. Et puis la grimpe est très présente dans notre famille.

EA : Que penses-tu de la ville de Strasbourg ? La connaissais-tu avant ?
BS : C'est une grande ville très surprenante, je la trouve agréable à vivre, je trouve qu'il y a une grande ouverture d'esprit chez les Strasbourgeois, nous sommes très bien accueillis. J'ai tout à y découvrir, surtout les rochers alentours !!!

EA : A 13 ans, Ashima Shiraishi vient de faire 8b+ bloc et 8c+ falaise. Tu en penses quoi ?
BS : C'est très bien elle a du niveau.
Il y aura d'autres jeunes mutants comme elle qui vont surprendre et repousser les limites. Il ne faut pas oublier que l'escalade en tant que pratique sportive n'a que quelques décennies d'existence.

EA : L'escalade : un sport ou autre chose ?
BS : L'escalade, c'est une pratique sportive où chacun s'exprime à sa façon. Certains ne pensent que par le rocher et à l'inverse d'autre ne la pratique que sous sa forme synthétique et aseptisée. Ce peu être la falaise, le bloc, la compétition, les voyages, un engagement, un loisir. Pour moi, c'est un ensemble, une richesse par sa diversité.
Il existe de nombreuse façons de vivre sa passion de la grimpe, ne réduisons pas l'escalade à une pratique.

EA : Si l'escalade est plus qu'un sport, pourquoi se retrouve-t-on avec des sponsors et une course à la cotation, avec des grimpeurs qui ne font plus que grimper, incapables de discuter d'autre chose que d'escalade ?
BS : C'est une très bonne question, sur laquelle chacun pourrait débattre des heures autour d'une bonne bière post séance. Comme je viens de l'expliquer, l'escalade est aussi un sport, donc cette quête de la performance est l'influence directe de notre société.
l'escalade est née dans un monde marginal et aujourd'hui s'intègre dans nos modes de consommation, on la diffuse différemment.
Il est vrai que la plupart des grimpeurs vont vous parler cotations, performances, mais il restera toujours des grimpeurs adeptes des valeurs fondatrices de l'escalade : falaises, liberté, nature, plein air, engagement….

EA : Question habituelle? pratiques-tu les top-compétitions entre amis (© P. Edlinger)?
BS : J'aime me tirer la bourre avec mes potes, créer une émulation avec eux. J'ai autant de plaisir à réaliser une perf que de partager celles de mes amis. Et en escalade, notre véritable adversaire, c'est nous-même







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