Le meilleur des cordes

© Escalade Alsace
Yann Corby
Peggy Killian

» 1er 7c le 4 mars 2009, Acmé Juvénile au Kronthal


Peggy à Russan


Propos recueillis par Claire Bresciani

A une époque, pas très lointaine, Peggy avait une façon très originale de noter ses croix : elle les notait sur les murs de son bureau à la maison!

Cependant elle a dû vite arrêter cette « manie », car depuis sa sérieuse reprise de l’escalade en falaise, en octobre 2006, les croix sont tombées de tous les cotés ! Et à ce rythme, les murs du bureau auraient vite été noircis….



L'enchaînement :

Commençons directement par le vif du sujet : l'enchaînement de ton premier 7c avec Acmé Juvénile au KRONTHAL! Quels sentiments as-tu ressenti au moment de clipper le relais? L'enchaînement s'est il passé comme tu l'avais espéré?
Je me suis d'abord sentie libérée puis satisfaite d'avoir enchaîné cette voie qui est une belle histoire pour moi. Le jour de la réalisation je l'ai enchaînée au premier essai. La banane ne m'a pas quittée de la journée et j'y repense encore.

Qu'est-ce qui t'a poussé à choisir cette voie particulièrement ?
Je cherchais un 7c qui me convienne, j'ai essayé cette voie et j'ai été séduite pour les mouvements. De plus, le Kronthal n'est pas loin de la maison, plutôt bien quand on veut travailler une voie.


Peggy dans Acmé juvénile 7c [photo : Pierre Wetta]

Tu as commencé à travailler la voie fin de l'année dernière (en octobre). Le mauvais temps, les températures parfois négatives, les vacances de Noël t'ont obligé à ne pas retourner dans ton projet pendant parfois plusieurs semaines. Ces imprévus t'ont-ils fait douter à un quelconque moment de l'enchaînement de la voie ?
Douter non, mais perdre patience oui. Quand j'ai un projet en ligne de mire, je n'aime pas laisser trop de temps s'écouler entre les essais. Et là, effectivement j'ai subi une grosse pause entre début décembre et la mi-février (vacances, mauvais temps, dalle en béton à la maison, malade). Le physique était toujours là mais j'ai du apprivoiser la voie à nouveau pour être bien dans tous les mouvements et me donner une réelle chance d'y arriver.

Il n'y a pas encore si longtemps, peu de filles alsaciennes allaient grimper en falaise. Cela est actuellement en plein essor. Est-ce que cela crée chez toi une motivation, une émulation supplémentaire pour progresser ?
Absolument pas ! Un entourage masculin en falaise me stimule autant et m'écarte de la notion de compétition qui m'insupporte car je trouve les comparaisons malsaines mais inévitables.

Tu fais partie de la Team Falaise de Roc en Stock dont tu suis assidûment les entraînements depuis maintenant deux ans. Que t'a apporté cette équipe dans ta progression ?
Enchaîner mes premiers 7b et mon premier 7c. Ce qui n'est quand même pas rien.
Je me suis sentie progresser très vite et ce qui est intéressant c'est que l'entraînement que nous fait suivre Pierre se calque sur nos projets et notre forme du moment. Il est à l'écoute et prodigue de bons conseils pour progresser et continuer intelligemment l'entraînement à la maison.

Maintenant que tu viens de réaliser ton projet, que penses-tu faire ?

J'ai l'impression qu'avec cet enchaînement, des portes se sont tout à coup ouvertes. Que des voies inabordables avant ne le sont plus autant aujourd'hui. Et ça fait du bien de ressentir ça.

Ton premier 8a : dans un proche avenir ?
J'ai coutume de dire qu'il faut être ambitieux mais surtout rester réaliste. Mais après 7c, qu'est-ce qui se profile à l'horizon ? Toi Claire, tu nous as, nous les filles alsaciennes, montré le chemin avec ta réalisation d'Orange Amer. Alors je me dis, peut-être qu'un jour je passerai également à l'étape supérieure. Ce serait quand même une énorme satisfaction, il faut bien se l'avouer.


Ton parcours :

Racontes-nous un peu tes premiers pas en escalade. Comment et qui t'a fait découvrir cette passion ?
J'ai commencé sur le tard à 25 ans sans avoir vraiment fait de sport avant. C'est Thomas Leleu qui nous a fait découvrir l'escalade à moi et Noël. Nous avons tout de suite commencé par des séances de pan à Bischwiller. Je faisais donc du pan sans avoir fait un seul 6a, voire aucun 5sup. Mais bon, tout cela m'a plu et l'addiction est venue rapidement.

Tu as passé 2 ans en région parisienne, à quelques kilomètres de Fontainebleau. Quel souvenir gardes-tu de ces années? Les regrettes-tu?
Aucun regret mais beaucoup de nostalgie car Fontainebleau était devenu mon jardin, un endroit que je fréquentais plusieurs fois par semaine : un crash-pad avait poussé dans mon dos. Cette forêt est un lieu magique dans lequel je retourne avec beaucoup de bonheur.


Peggy dans la traversée de la poire (5b) à l'Isatis

L'escalade est aujourd'hui pour toi et Noël une véritable passion. Vous consacrez d'ailleurs le peu de vacances que vous avez à aller découvrir de nouvelles falaises. Tu es d'ailleurs notamment allée faire du bloc en Suède, du deep water soloing à Majorque et tu as pris l'habitude depuis quelques années de fêter nouvel an aux pieds des falaises calcaire du Sud de la France. La découverte de ces nouveaux sites te paraît-elle essentielle dans ta vie de grimpeuse?
C'est plus qu'essentiel. Ce n'est pas tout d'enchaîner les 7c à la maison, il faut savoir se frotter à d'autres horizons.

Tu es partie découvrir le deep water soloing bien avant que cette "escalade" ne devienne à la mode. Comment as-tu découvert cela et qu'est-ce qui t'a poussé à essayer ?
Un bon article dans un " Klettern " a poussé nos amis allemands à tenter le voyage. Nous avons été attirés par leur idée et sommes partis avec eux. Je sais maintenant ce qu'avoir peur de tomber veut dire (je précise que j'ai peur de l'eau !!!).
C'est une expérience très singulière car même si tu sais que la mer n'est pas loin, et bien tu n'as pas envie de tomber.


Peggy en DWS à Majorque

Je te connais déjà depuis quelques années, et ne t'ai pourtant jamais entendu parler de grandes voies. Pourquoi ?
J'ai essayé dans les gorges de la Jonte et j'ai vraiment pris mon pied. Par contre ce n'est pas le cas de mon compagnon de cordée. Mais Mikael m'a donné l'eau à la bouche avec ses photos et ses récits de Suisse, donc bientôt peut-être.


La FFME :

Tu es l'une des seules grimpeuses à t'investir, depuis déjà quelques années, au sein de la Fédération Français de la Montagne et de l'Escalade. Pourquoi cet engagement ?
Frédéric Wicker, ancien président de la FFME Bas-Rhin avait besoin d'aide. A l'époque mon boulot me laissait plus de temps libre donc je m'y suis mise. C'est pour moi du bénévolat chargé de sens, car notre pratique évolue, notre société évolue et c'est important que des personnes suivent ces changements afin que l'on puisse tout simplement continuer à grimper.

Comment vois-tu l'avenir du comité local de la FFME ?
La philosophie de vie d'un grimpeur se rapproche beaucoup des valeurs de l'olympisme qui sont basées sur la volonté et sur des qualités corporelles et spirituelles. Je me reconnais dans l'accomplissement dans l'effort et le respect d'une éthique. Mais le credo olympique qui dit que l'essentiel n'est pas de gagner mais de participer me paraît très éloigné de ce que les grimpeurs vivent en falaise : sans clippage de relais point de croix dans le cahier !!!
Pour ce qui est des jeux olympiques, je trouve que l'on s'éloigne énormément de notre pratique du rocher en proposant la vitesse comme discipline représentant l'escalade.

Comment trouves-tu le temps de tout gérer : ton travail, le boulot pour la Fédé, les entraînements, les sorties en falaise, ton mari ?
C'est vrai qu'être absente 55 heures par semaine pour le boulot ne laisse pas trop de place pour le reste. Disons que j'ai un sacré sens de l'organisation. Mes priorités (à part le boulot) sont les sorties en falaises et l'entraînement. Le reste n'est qu'accessoire. Pour ce qui concerne mon mari, j'ai la chance qu'il grimpe aussi : il est de toutes les sorties et d'une bonne partie des entraînements. Partager les moments forts de grimpe avec lui sont une chance et un grand bonheur.


En vrac :

Quel est ton meilleur souvenir en escalade?
Tous les week-end de grimpe où l'on dort dans le camion : c'est vraiment des vacances.

Que peut-on te souhaiter pour l'année 2009 ?
Que la force soit avec moi.

Pourquoi enchaînes-tu toujours tes projets alors que je suis en vacances?
Tu es l'œil de Moscou, tôt ou tard je sais que les nouvelles te parviendront.

Tu laisses plus d'une personne bouche bée quand l'on sait que tu alignes 30 tractions, alors fière ?
Bah ouais !


Merci à Peggy et Claire







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