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Yann Corby
ALERTE À RODEREN


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Chronique québécoise par Jean-Pierre Banville






Important déploiement des forces de police et de pompiers du Haut Rhin, vendredi, à Roderen.

 

En quelques minutes, le petit village, patrie du célèbre explorateur vertical S. Haffner, s’est vu investi par les forces de l’ordre.

Quelques instants plus tard, on demandait une évacuation des habitants qui, sidérés, ont dû quitter leurs tartes flambées toutes chaudes pour se réfugier dans les cars mis à leur disposition par les unités d’urgence.

 

Toute cette affaire a commencé quand le comité d’arboriculture de la localité a finalement décidé d’élaguer l’unique pommier du verger municipal. Ce pommier centenaire offrait de magnifiques fruits au début des Années Folles. Hélas, les aléas de l’Histoire et le fait que le vin est disponible à peu de frais ont amené le délaissement de l’arbre vedette du verger de Roderen. Son unique arbre, en fait.

 

Durant les travaux d’élagage, le président du comité de l’Arbre a malencontreusement laissé tomber sa scie mécanique. D’un puissant modèle, elle a heurté le sol, bloquant son mécanisme d’arrêt automatique et créant une panique passagère chez les arboriculteurs qui s’égaillèrent rapidement dans la nature, poursuivis par la machine infernale.

 

Aux dernières nouvelles, l’engin fut retrouvé dans un boisé de Thann. On cherche encore quelques arboriculteurs mais, en ce moment, on ne craint pas pour leur sécurité.

 

Par contre, n’écoutant que son courage, le célèbre Haffner est vite retourné sur les lieux pour découvrir que la scie avait creusée un sillon dans le sol, laissant à découvert ce qui semblait être un coffre.

Considérant le fait que le village de Roderen fut sur la ligne de front durant quelques années, on ne prit aucune chance : les autorités furent immédiatement alertées.

 

Après le passage des démineurs, des artificiers, des spécialistes des armes chimiques et biologiques, du personnel du Trésor Public, des organisations écologistes et du curé du village qui goupillonna avec ardeur le coffre suspect, il fut décidé de procéder à l’ouverture.

 

Un vigoureux coup de barre à mine eut raison de la serrure.

 

On ouvrit le couvercle pour s’apercevoir que le contenu ne présentait aucun danger.

On y dénombra une centaine de pitons vieux modèles, du genre utilisé par les escaladeurs d’autrefois. Quelques papiers aussi, qui tendent à prouver que le coffre fut enfoui il y a quelques vingt cinq années par un certain J.C. Droyer.

 

Il s’agirait d’un lot de pitons retirés de diverses falaises de France pour choquer la communauté des grimpeurs et les amener à réviser leurs paradigmes. Le dénommé Droyer aurait caché son butin sous l’arbre quitte à y revenir plus tard, l’arbre étant ridiculement facile à trouver dans le verger municipal. On aurait localisé l’individu dans la région parisienne où il travaillerait dans un magasin bien connu et la gendarmerie le rencontrera sous peu.

 

Les autorités de la FFME ont été alertées et doivent se présenter dans les prochaines heures pour prendre en charge les dits pitons. La FFME pense remettre les pitons en place suite à une analyse chromatographique et ce, à la plus grande joie des grimpeurs adeptes du tire-clous. Le coffre sera exposé au musée de cette fédération, juste à coté des premiers chaussons de P. Edlinger qui y sont scellés dans une cage de Plexiglas pour éviter les émanations toxiques.

 

Quant à l’Arbre, il n’a subi aucun dommage majeur et devrait porter ses premiers fruits viables l’automne prochain. On annonce déjà une grande fête de La Pomme au village, célébrant la cueillette et le retour de l’abondance au verger.




[photos Serge Haffner]


JPB






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