Le meilleur des cordes

© Escalade Alsace
Yann Corby
Frankenjura
été 2000

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Une histoire comptée par "le jeune loup des Vosges du Nord", Florent Wolff


    Si le jour le plus long de l'année nous annonce l'approche des paresses estivales, il soulève également un certain malaise au sein de la population grimpante. Certes, les vacances sont de précieux partenaires pour notre loisir préféré, mais il n'en va pas de même de la canicule envahissant inexorablement nos contrées. Car si le mercure gravit sans peine les échelons du thermomètre, le grimpeur tentera, souvent en vain, de grappiller une misérable lettre dans l'échelle des cotations: le trentième degré celcius n'est assurément pas l'allié du huitième degré.

Ainsi l'astre zénithal et ses affreux rayons transformera nos aimables rochers en pierrades brûlantes où se brouteront niaisement nos doigts. Se cuire les dos, se cuire les bras, ne manque plus que la cuite du soir, seul doux moment d'apaisement euphorique dans la terrible journée d'escalade du triste juillettiste des tropiques. Une question reste donc gravement sans réponse: comment fuire ces fichus four, ces foutues falaises feu-follet?.
Heureusement, Dieu créa l'ombre, et l'homme des cavernes s'y accommoda.

   Est-ce par ignorance ou par un amour tordu des foules que de nombreux grimpeurs choisissent des sites encombrés tel Céüse, falaise dont la proximité des cordées n'a d'égale que la beauté des voies (une situation douloureuse et éternelle s'il en est).

Loin des embouteillages du sud, sachez qu'il existe une destination originale prisée par les étrangers depuis longtemps mais que les français boudent encore étonnement: le FRANKENJURA.

Cette région allemande qui s'étend de Nüremberg (au sud) à Bayreuth (nord-est) n'est qu'à trois heures de Strasbourg, ce qui en fait un lieu de prédilection pour les grimpeurs alsaciens que nous sommes. Mais le Franken, immense conglomérat minéral qui regroupe pas loin de 500 falaises (oui, oui 500 pas 50...), vaut bien plus que ces trois heures de route. Pour preuve, il n'est pas rare de croiser des Japonais, Australiens (qui fuient la torpeur médiatique des JO) et autres Américains qui squattent tout l'été dans le coin. En effet, un nombre incroyable de falaises de tout profils se trouvent dans des forêts denses, bien évidemment synonymes de havres de fraîcheur.

D'ailleurs si les inclinaisons et le climat sont propices au haut niveau (on compte 250 voies dans le huitième degré dont les mythiques Guettoblaster, Stone Love, Wall Street et Action direct qui demeure sans doute la voie la plus dure du monde, et les nombreux grimpeurs forts du coin collectionnent d'avantage les 8c que les sponsors) il faut que cessent les nombreuses fausses rumeurs qui entourent le Franken. Ainsi on associe souvent la "Frankische" à des voies bloc, ultra spécifiques sur bi ou mono-doigt, ce qui bien sur effraie nombre de grimpeurs français qui par commodité, ou déplorable routine, se rabattent sur les sites bien trop conventionnels du sud.

A ce jour seul un français a réalisé une voie de niveau 8c (Burn for you par Jean-Minh Trinh-Thieu en 1995 alors qu'il résidait à Aix en Provence...) et hormis le couple Sébastien Hémery er Kti Wagner (qui compte pas loin de 160 voies dans le 8 dans le Franken) ou Pierre Bollinger et ses ascensions express de Stone Love, Ghettoblaster et Underdog (tous 8b+), ainsi que l'hyper polyvalent Christian Roumégoux (Oshoween, Desaster: 8b+) les croix françaises ne sont pas légion.

Malgré quelques initiatives courageuses (saluons Axel Franco qui a fait le voyage cet été) il est étonnant qu'il n'y ait pas plus de performances françaises dans le Franken, lieu incontournable de la haute difficulté.

Peut-être n'y aurait-il pas assez de prises taillées? Les voies ne ressembleraient-elles pas assez à une finale de coupe du monde ou à un circuit de pan?

Cela dit la grande majorité des falaises du Franken sont largement pourvues en voies faciles, si bien qu'un groupe de grimpeurs de niveau hétérogène peut tout à fait se faire plaisir.

Enfin, sachez que le Franken n'échappe pas à la mode du bloc et de nombreux sites dédiés à cette pratique ont vu le jour ces dernières années. D'ailleurs quasiment aucun des blocs du huitième degré ne compte de répétition par des non-locaux et ce malgré le déplacement de quelques mutants suisses et bleausards...encore une invitation à la performance pour les fanas de bloc.


INFOS PRATIQUES


Périodes:

-Les mois idéaux pour se rendre dans le Franken sont mai-juin-septembre.
-On peut également s'y rendre dès mi-avril jusqu'à mi-octobre.
-Vu le nombre de falaises on en trouve toujours une à l'ombre et sèche.
-L'hiver est déconseillé, même pour le bloc (très humide et jusqu'à -20°).


Hébergement:

-Camping d'Untertrubach et de la Bärenschlucht (plus cher mais au pied d'un grand site d'escalade).
-Nombreuses pensions et Gasthaus (les plus conseillées sont à Pottenstein et Goßweinstein).
-Nombreuses cabanes dans la forêt.


Bibliographie:

-topo de Bernard Thum: "Topoführer Nördlicher frankenjura" 60DM, disponible à "Jura-sport" (Pottenstein), "Alpin-sport" (Ausseren str., Nuremberg), "Rotpunktsport" (Friedrich str., Erlangen).

Office du tourisme: 00-49-91-94-79-74-79










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