Le meilleur des cordes

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Yann Corby
LA TENTATION DU NOOMBRIL


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Chronique québécoise par Jean-Pierre Banville





Ceux qui me connaissent intimement savent que je possède deux nombrils.
Cette particularité devrait me rendre un tantinet nombriliste or il n'en n'est rien. J'ai réussi, malgré mon handicap, à garder les pieds sur terre : tous les hommes sont égaux… comme l'écrivait si bien Aldous Huxley.

Cette belle ouverture sur le monde me permet de garder un calme olympien dans les pires situations. Ne devrais-je pas être au Brésil à l'heure qu'il est? En vacances ? En train d'équiper des voies incroyables?
Je reste calme… bien assis sur mon cul, dans mon bureau. Et j'écris une courte chronique.

Je considère que nous sommes sous informés quant à ce qui se passe de par le vaste monde vertical. Les grimpeurs, ne possédant pourtant qu'un seul nombril, n'aiment entendre parler que de leurs falaises proches, de leurs petits alentours, des exploits de leurs propres stars. Cent fois on replace les mêmes noms dans des titres très semblables.

Tout cela n'est que très humain!

Il y a le mythe de Babel qui nous empêche de nous ouvrir au monde.
Il y a le fait qu'une performance dans notre jardin par un presque copain est beaucoup plus tangible que la performance majeure de Fu Manchu dans le sud de l'Asie. Le site extrême espagnol de Riojas della Botega sera toujours plus extrême que le mur de Lapeldanlkof en Crimée tout simplement parce qu'un ami en a entendu vaguement parler sur un site web. On encense le Yosemite tellement qu'il doit fermer pour cause de fumée mais jamais on entend parler des murs effarants du Mexique. La Jordanie fait couler l'encre à flot tellement qu'on se demande pourquoi ce pays est encore un désert mais il me reste encore à lire une ligne sur les tours du Cameroun, pays vert s'il en est un.

Qui connaît les derniers exploits des Anglais en V6/E8/9C/45AA réussis en n'utilisant que deux épingles à cheveux en guise de protection? Et que dire des Italiens équipant du bas des voies dans les Alpes Apuanes, voies qu'ils grimperont un samedi matin après une soirée très bien arrosée?

Pouvons-nous penser un jour un mécanisme qui nous permettrait d'avoir un éclairage global sur notre activité dans la langue de notre choix? Ou tout au moins dans la lingua franca de notre époque, l'anglais? A moins que vous ne désiriez revenir au latin pour ne choquer personne au Vatican!

Ce serait fantastique! L'ouverture sur le monde… enfin pouvoir apprécier son nombril pour ce qu'il est réellement : le plus beau, le plus creux, le plus sexy. Mais vous n'en aurez toujours juste qu'un… alors que moi …





JPB






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